Les objets connectés peuvent aider l’utilisateur à prendre soin de son capital santé. Bientôt, ils joueront un rôle important dans le monde médical. Aide au suivi du patient, partage de l’historique d’un traitement… les informations collectées par ces objets connectées, et stockées dans le cloud, amélioreront la qualité des soins.

Les objets connectés auront aussi un grand rôle à jouer dans la prise en charge de la dépendance des personnes âgées : telle est la conviction du docteur Christophe Trivalle, gériatre à l’hôpital Paul Brousse (Villejuif), rédacteur en chef de NPG (Neurologie-Psychiatrie-Gériatrie), et auteur d’un article récent sur ce sujet...

 

Le domaine de la santé est désormais investi par les objets connectés. Quelles sont les principales technologies connectées qui existent en matière de traitement médical ?

Les objets connectés relevant de la santé sont en effet de plus en plus nombreux. Des capteurs divers (qui mesurent la tension, le rythme cardiaque, l’activité…) communiquant avec un smartphone sont déjà proposés. D’autres « objets » sont annoncés, toujours plus spécialisés et performants (mesurant par exemple, le taux d’oxygène dans le sang, le taux de glycémie…), qui laissent présager de grandes avancées dans ce domaine.

Toutefois, ces objets n’ont pas encore réellement fait leur entrée dans le monde médical, chez les médecins ou dans les hôpitaux : les applications réelles et à grande échelle sont pour l’instant au stade de projets, voire d’hypothèses.

 

Quels impacts ces objets connectés pourront-ils exercer sur les traitements médicaux ?

Ces objets connectés présentent d’immenses possibilités, pour simplifier ou sécuriser le traitement des maladies chroniques en particulier.

Prenons l’exemple d’un patient diabétique. Aujourd’hui, il doit mesurer sa glycémie plusieurs fois par jour, noter le résultat sur un petit carnet et contacter son médecin si les résultats sont en dehors des valeurs normales.

Avec un capteur connecté, on pourra automatiser cette mesure régulière, la stocker et imaginer un système d’alerte envoyé directement au médecin si le résultat est anormal.

Côté médecin, une telle solution est garante d’un suivi régulier : finis les patients qui oublient des mesures, oublient de noter les résultats sur le carnet de suivi, ou d’emporter ce carnet en rendez-vous. Le médecin est donc certain de disposer d’un suivi fiable pour connaitre l’évolution de la maladie.

Côté patient, une solution de ce type l’aidera à gérer son traitement. Elle permettra aussi de mettre en place une hospitalisation à domicile plus facilement. Le suivi automatisé de différents paramètres (par exemple tension, température, rythme cardiaque…), transmis en temps réel à l’équipe médicale, lui permettra de rentrer chez lui plus rapidement après une hospitalisation, en toute sécurité !

 

Quels sont les principaux enjeux éthiques induits par les technologies connectées à vocation médicale ?

Comme toutes les nouvelles technologies, les objets connectés amènent à se poser des questions éthiques. Ce n’est pas propre au monde médical : l’installation de caméras sur la voie publique, en ville, entraîne les mêmes questions, les mêmes inquiétudes sur la protection de la vie privée…

Toutefois, les enjeux sont plus importants encore lorsque des données médicales sont concernées. Comme pour le Dossier Médical Personnalisé stocké dans le cloud, qui peine à séduire les français, de nombreuses questions inquiètent. Qui accèdera à ces données ? À qui appartiendront-elles ? Où seront-elles stockées ? Une totale sécurité et une stricte confidentialité seront-elles garanties ?

L’impact de la divulgation des données médicales peut être important. Un salarié souffrant d’une pathologie n’a pas l’obligation d’en informer son employeur, et peut craindre de voir sa carrière compromise si sa maladie venait à être connue. Une personne souffrant d’une maladie chronique n’est pas tenu d’en avertir son assureur (sauf si un questionnaire de santé est prévu pour la souscription d’un contrat précis), et peut craindre de voir ses cotisations augmenter…

Enfin, au-delà de l’inquiétude sur les usages, il y a bien sûr l’inquiétude sur la confidentialité des données. Qui, aujourd’hui, peut garantir qu’un système est totalement inviolable ? Le risque zéro n’existe pas.

 

Les gérontechnologies sont en plein essor. Faut-il voir les objets connectés comme une possible solution aux problèmes de la dépendance liés à la vieillesse ?

Avec le vieillissement de la population, le problème de la dépendance se pose de façon pressante. Des solutions existent déjà pour permettre à ces personnes âgées de rester dans leur logement. Il s’agit de pendentifs ou bracelets permettant de se connecter à un centre d’appel en pressant un simple bouton en cas de malaise ou de chute.

Un objet connecté pourrait automatiser cette alerte selon différents critères (position de la personne, activité, paramètres de santé…).

Des objets connectés pourront aussi prendre le relai pour automatiser différentes tâches d’assistance à la personne âgée, aujourd’hui assumées par des aides à domicile. Ainsi, ces aidants pourront consacrer plus de temps à l’accompagnement, à l’échange, au lien social. C’est une autre façon pour les objets connectés d’apporter une réponse à la dépendance, même si ces applications ne sont pas médicales.

Avec les gérontotechnologies, d’autres problèmes éthiques se poseront : si des objets connectés sont proposés à des personnes âgées dépendantes, celles-ci seront-elles capables de donner leur consentement ? Comprendront-elles les enjeux d’un éventuel usage (médical, commercial, etc…) de ces données ? Les proches pourront-ils donner leur accord pour cet usage à la place de la personne âgée ?

 

La multiplication des objets connectés « wearable » (à porter sur soi) a déclenché le phénomène du « Quantified Self », permettant de suivre son propre état de santé grâce à de nombreux indicateurs. Pensez-vous qu’il s’agit du meilleur moyen de prévention contre les risques pour la santé ?

Ces objets connectés connaissent en France un grand succès – pourtant, ils diffusent des informations personnelles – activité, performances sportives, poids – et les stockent dans le cloud. Mais les utilisateurs, cette fois, ne se soucient pas de l’éventuelle utilisation de ces données par des tiers ! Et c’est une bonne chose, car ces objets connectés sont de véritables outils de prévention. On sait que pour prévenir les risques de santé, et la dépendance d’ailleurs, il faut maintenir une activité physique régulière et avoir une alimentation équilibrée afin de maintenir un poids de forme.

Ces points essentiels pour « bien vieillir » sont justement ceux qui sont « surveillés » par les bracelets et autres objets connectés aujourd’hui. Ils aident ainsi les utilisateurs à gérer leur capital santé, et sont en cela bien plus efficaces que les campagnes d’information et de sensibilisation nationale régulièrement diffusées, rappelant l’importance de l’activité physique et de l’alimentation équilibrée.

 

Salesforce.com et Philips se sont récemment associés pour développer une plateforme cloud visant à optimiser les frais de santé et la satisfaction des patients. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Tout d’abord, l’intérêt porté par salesforce.com aux questions de santé est une très bonne nouvelle. En effet, on voit apparaître chez différents constructeurs, startups ou grandes entreprises, des projets d’objets connectés toujours plus inventifs. Mais ces objets connectés ne prendront tout leur sens qu’à condition d’interagir, de partager les informations qu’ils collectent au sein d’une même solution. Il faut pour cela un acteur assez « solide » et fiable pour relier toutes ces informations, les stocker au sein du cloud pour permettre leur utilisation par des applications spécialisées. Salesforce.com a le pouvoir de relier toutes ces informations, d’être cet acteur « central ».

L’annonce conjointe de salesforce.com et Philips est essentielle car il s’agit du 1er rapprochement entre 2 grands acteurs, à la fois du monde du cloud et de l’électronique connectée.

C’est aussi une solution qui, cette fois, est réellement médicale, s’adresse aux médecins autant qu’aux patients et permettra d’optimiser les soins, le partage d’informations entre différents soignants, le suivi du malade au-delà d’une hospitalisation…

 

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