Le Fairphone 2 est la première véritable incursion de l’électronique grand public dans le secteur de l’éthique. Nouvelle niche marketing dans un marché saturé et concurrentiel ou changement de paradigme ?

Le marché des téléphones intelligents est bel et bien faustien. « Les problématiques sociales et environnementales dans […] l'électronique sont connues, mais […] occultées. Le smartphone est donc une merveilleuse métaphore de la façon dont nous traitons les problèmes du monde » note Miquel Ballater, auteur du projet.

Se défendant d’un coup marketing, il souhaite poser les bases d’une filière équitable globale intégrée verticalement et utilisable par d’autres acteurs du secteur. Après un Fairphone 1 qui garantissait une éthique de production, le nouveau modèle se penche désormais sur la tracabilité des matériaux. Une démarche sans précédent qui sélectionne les fournisseurs des mines d’Afrique aux ateliers du Guangdong. Loin de survendre ses efforts, la start-up néerlandaise communique sur ses échecs  au moyen d’un blog et d’une logique de transparence très scandinave

Un design modulaire au service de capacités moyennes

C’est un bien singulier téléphone intelligent. Les Nations Unies elles-mêmes ne s’y sont pas trompées, lui remettant le prix « Momentum for Change » en décembre, lors de la COP21 à Paris. La mode est aux lignes fines et épurées ? Il est carré et massif, d’une robustesse presque soviétique. Les fabricants rivalisent de performances ? « L’équiphone » 2 possède une fiche technique moyenne, malgré une double carte sim et la 4G LTE. Le Fairphone 2 démystifie Apple, son obsolescence programmée, ses techniciens pompeusement appelés génies. Il est réparable par tous, au moyen d’un tournevis. Et les pièces se rachètent à un prix largement inférieur au combiné pièces/mains-d’œuvre de ses concurrents. De quoi inciter des armées de modders à s’essayer au tuning digital. Enfin, la durabilité de l’appareil revendique la robustesse légendaire des “Nokias 3310”.

Une niche en pleine croissance : les primo adoptants

Comment vendre le Fairphone 2 ? En parlant aux clients comme lors d’une assemblée générale d’ONG. En évoquant la technologie avec un discours d’ingénieur. En s’appuyant sur des contributeurs logiciels passionnés et influents. En vendant une logique participative –alter faite de retour client et de crowfunding (9 millions levés en financement participatif). Enfin, en produisant localement (pour réduire les externalités d’expédition) des accessoires (coque) sur des imprimantes 3D. Bref, en tirant le meilleur de l’économie numérique et du petit bricoleur qui sommeille en nous.

À 529,38 € TTC, le Fairphone 2 est réservé à ceux qui ont les moyens d’une consommation éthique malgré la transparence des coûts et la durée de vie annoncée (des années). Bien sûr, les early adopters paient le prix fort en attendant une économie d’échelle qui pourrait diminuer les frais et démocratiser le modèle. Mais sera-t-il alors encore possible au téléphone alter de continuer à tendre vers l’équitable sans devenir victime de son propre succès ?