Pour certains, le génie de l’homme se niche dans ses réalisations scientifiques. Pour d’autres, c’est l’art qui fait de nous des créatures sensibles et censées. Pas étonnant donc, qu’en parallèle des travaux les plus utilitaristes, des chercheurs s’échinent à développer le cerveau droit de l’Intelligence Artificielle (IA)…

Benjamin, l’IA cinéaste surréaliste

C’est un bien étrange court métrage qui pourrait être réalisé par Spike Jonze ou David Lynch. Diffusé en juin 2016 en marge du festival de Science-Fiction de Londres, il possède des propriétés surréalistes indéniables et une direction très avant-gardiste. Les acteurs y jouent les répliques de Benjamin, le premier scénariste automatique biberonné numériquement aux scripts de SF. Modeste, celui-ci déclare dans une interview exclusive « j’ai été le scientifique du Saint-Esprit ».

Si Benjamin semble légèrement excentrique et confus, c’est que nous en sommes encore aux prémices du machine learning (apprentissage automatique). Ce vaste domaine de la cognition artificielle qui s’efforce de reproduire ce que notre cerveau fait plusieurs millions de fois par jour (repérer des schémas redondants, leur donner un sens et restituer un produit intellectuel de cet apprentissage). C’est particulièrement complexe pour un travail nécessitant autant de coordination de fonctions intellectuelles que l’écriture d’un scénario de science-fiction (spatialisation, temporalité, langage, interactions sociales).

Deepdream et inceptionnisme

Vénérable vétéran et mentor de l’IA, Deepdream (le réseau neuronal de reconnaissance visuelle de Google) tente d’identifier des images que nous interprétons instantanément, à la manière d’un lobe temporal artificiel. Ses ratées spectaculaires – Deepdream a tendance à voir des visages et des animaux partout à force d’en scanner en permanence sur le web - ont accouché de son propre mouvement artistique involontaire. Place donc au très psychédélique « inceptionnisme » inspiré du film de Martin Scorcèse. Art accidentel, l’inceptionnisme n’est finalement qu’un bug où des schémas mal identifiés et hallucinés surgissent.

Un autre descendant de Deepdream va plus loin dans l’identification des schémas : recognition. Cette intelligence artificielle scanne quotidiennement un millier de photos d’actualité de l’agence Reuter et tente de les faire correspondre à des œuvres de la Tate gallery.

Enfin, il est possible pour les IA d’emprunter le style d’auteurs célèbres à la manière d’un faussaire. Ce « transfert de style » popularisé depuis juillet 2016 par la startup moscovite Prisma Labs permet de transformer ses propres « selfies » en véritables Picasso. Une technologie qui intéresse au plus haut point Facebook et permettra bientôt à chacun de poster des vidéos dignes du film « Waking Life » sur son réseau social. Concurrente de Prisma, la startup Batave Deepart offre quant à elle de choisir ses propres filtres.

Poète, DJ ou rappeuse…

Qu’il s’agissent d’airs 100 % originaux ou créés à la façon de Vivaldi , les courbes, fréquences et rythmes redondants propres à la musique se prêtent aussi à des expérimentations musicales de l’IA. On alimente une machine en rimes et la voilà poétesse avec Android Authority ou rappeuse avec Deepbeat.

Variante musicale de Deepdream, elle-même élément du vaste projet d’IA Google Brain team, le projet Magenta vise pour sa part à créer des musiques artificielles. Une gageure, car les programmes ont du mal à déterminer une montée en puissance vertigineuse et émotionnelle à la Beethoven. Sans compter ce petit supplément d’âme inexplicable – le sens esthétique - qui nous rend si sensible à une suite ordonnée d’ondes sonores ou lumineuses plutôt qu’à une autre. Les premiers résultats tiennent encore du cadavre exquis pour les paroles et de la sonnerie pour la musique…

Enfin, en 2016 un logiciel a été programmé pour apprendre les techniques utilisées par Rembrandt en analysant des centaines d'oeuvres du peintre afin de peindre un nouveau tableau. Le résultant est bluffant !

Bref, nos ordinateurs sont peut-être des artistes mais reste à trouver ceux qui auront véritablement du talent !